La médecine chez les Embera

Le peuple embera, les animaux, les arbres, l’eau, le soleil et la lune ont été créés par Carabagi. L’homme a été modelé à partir de la terre sur la plage de Baudo.

Le jai qui signifie « l’esprit » se trouve dans tous ces éléments de la nature, au fondement de la vision du monde du peuple embera.

L’harmonie qui règne entre les hommes, les animaux, les arbres et l’eau garantit la pérennité de cet esprit du jai. Abîmer un de ces éléments, c’est rompre l’harmonie, déséquilibrer l’univers, détruire la vie.

Pour sauvegarder la vie, la culture embera se fonde donc sur le jaibanismo.

Il existe deux sortes de médecins :

  • le jaibana : c’est l’homme ou la femme qui possède le pouvoir des esprits, qui garde les mystères, c’est le médiateur entre les hommes et les dieux, celui qui contrôle les malaises et les maladies dus à des esprits malveillants. Le jaibana soigne durant un rituel nocturne au cours duquel il ingère une boisson préparée par sa femme par suçage-aspiration pour expulser le jai malfaisant. La transmission de son savoir se fait de maître à élève.
  • le yerbatero : Il soigne les blessures causées par les animaux (serpents, insectes) et par les accidents ménagers. Il s’occupe aussi des plaies et du mauvais oeil. Il soigne avec les plantes dont il connaît les pouvoirs curatifs.

Il y a aussi d’autres fonctions : [Merci de nous aider à compléter cette rubrique]

  • le tonguero : il devine la cause de la maladie à travers l’utilisation de plantes psychotropes
  • le dampara
  • le sobandero
  • la partera (la sage-femme) : c’est toujours une femme qui s’occupe des accouchements quand son aide est nécessaire.

Actuellement, une autre médecine, occidentale, se développe.

En effet, l’abus de fertilisants et de produits chimiques divers a généré une pollution de l’eau et des sols qui a de graves conséquences sur la santé. D’un autre côté, les groupes armés ont commis de nombreuses exactions (viols, tortures, blessures par balle ). Le jaibana a été impuissant face à ces nouvelles maladies et blessures. Son pouvoir a donc diminué. Dans l’organisation de la communauté, l’autorité a glissé du jaibana (autorité religieuse) au cabildo (autorité politique).

La médecine occidentale a mis en place des « brigades de santé » et de nombreux resguardos ont été dotés d’un poste de santé avec un promotor de salud.

Néanmoins, tout cela reste bien théorique : les brigades de santé ne vont pas dans les resguardos. Les postes de santé ne sont pas équipés. Les promotores de salud ne sont pas suffisamment formés. Les Emberas qui ont des contacts avec des médecins se plaignent, quand on s’occupe d’eux, d’être maltraités. Les ordonnances sont mal appliquées car mal comprises en raison d’un espagnol incertain.

Il existe une forte demande pour faire venir des médecins, des orthodontistes, ophtalmologistes dans les resguardos; pour développer des laboratoires d’analyse et équiper les postes de santé; pour acheminer des médicaments; pour faciliter l’accès aux hôpitaux.

Ces demandes sont légitimes mais elles font table rase de l’extraordinaire patrimoine que possèdent les jaibanas et les yerbateros.

Le développement de la médecine occidentale représente un danger d’acculturation.

Le problème est d’autant plus aigu que les jaibanas comme les yerbateros ne veulent plus transmettre leurs savoirs à n’importe qui, car ils ont assisté au pillage des connaissances et des plantes par des groupes pharmaceutiques.

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